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PROPOSITION D’ UN PROTOCOLE POUR LE DÉPISTAGE DU SURENTRAÎNEMENT

(4émes Rencontres Médicales de Triathlon, Balaruc les Bains, 1999)

L. MAGNUS, M.F. PIACENTINI, R. MEEUSEN

Vrije Universiteit Brussel, Département de Médecine Sportive et Physiologie Humaine

Introduction

La différence en performance entre une médaille d’or et celle d’argent est pratiquement indécelable. C’est pourquoi l’optimalisation de la performance est le sujet principal de la méthodologie d’entraînement. “Overreaching” est une méthode dans le processus d’entraînement fréquemment utilisée pour améliorer la performance. Une période d’entraînement chargée qui temporairement diminue les capacités physiques, est suivie d’une période d’entraînement modérée (“tapering”), permettant au corps de s’adapter à une charge d’entraînement plus élevée. Pas plus de 10 jours d’entraînement intensifié suffisent pour causer "l’overreaching" (3).

Néanmoins l’équilibre entre la charge et la période de récupération suivante est crucial pour déterminer les adaptations physiologiques qui permettent une meilleure performance. Quand l’overreaching coincide avec d’autres stressants ou s’il n’est pas suivi d’une période de récupération adéquate, l’athlète pourrait avoir des problèmes à s’adapter et récupérer complètement. Cet équilibre délicat entre charge et récupération semble être une des causes principales du syndrôme de surentraînement (6).

Une augmentation trop rapide de la charge peut être la cause que les athlètes n’arrivent pas à s’adapter aux charges imposées. Bruin et ses collègues (2) ont remarqué que les chevaux semblent devenir surentraînés lorsque la période de régénération entre deux entraînements est réduite, plutôt que par une augmentation de la charge en soi.

Le surentraînement est toujours difficile à détecter, puisque l’ entraînement, aussi bien que la récupération sont  difficiles  à quantifier. Chaque athlète répond différemment à une charge particulière, ce qui rend difficile la compréhension d’une performance diminuée. En effet quelques études posent que de 20 à 50% des athlètes dans de différents domaines de sport pourrait être surentrainé pendant une saison (8), tandis qu’il est toujours difficile à distinguer les symptômes  d’une adaptation normale de ceux qui sont indicatifs pour un état pathologique (10).

Une diminution en performance et une incapacité à maintenir les mêmes intensités d’entraînement sont les signes principaux de surentraînement. Fréquemment les athlètes montrent des plaintes de douleurs musculaires accentuées par une fatigue générale et locale. En plus, une perte en poids et en graisse, des niveaux hormonaux altérés (1,13), une détérioration d’humeur (spécifique et générale) (11,12) et des perturbations du sommeil sont observés. Taylor et collègues ont suivi le sommeil d’un groupe de nageurs pendant toute une saison. Immédiatement avant la saison, au moment d’augmentation de l’intensité des entraînements, ils ont remarqué des scores de mouvements oculaires élevés pendant la nuit. Morgan et O’Connor (11) ont suivi le “profil de l’humeur” (Profile of Mood States - POMS) de nageurs féminins et ont pu établir une relation directe entre une humeur négative et une charge élevée. Ils concluent que les scores subjectifs peuvent servir comme marqueurs basaux, parce qu’ils sont décelables avant une détérioration physiologique.

La recherche plus récente s’est axée sur le diagnostic du surentraînement dans les phases préliminaires. Souvent les athlètes ne signalent pas leur malperformance ou maladies, de peur d’être exclus de l’équipe, et se mettent spontanément à s’entraîner plus fort. En plus, des athlètes professionnels ne se sentent pas confortables en prenant du repos absolu, compromettant leur saison. Ceci peut être une autre cause de détresse chez l’athlète qui est déjà physiquement et mentalement fragile.

Suivre un groupe d’athlètes, suivre leurs sentiments sur la charge et l’intensité d’entraînement et sur le bien-être physique et mental, pourrait être la clef vers l’évaluation de l’adaptation aux entraînements imposés, et de la quantification de charges et récupération. L’élaboration de questionnaires et journaux sur les sensations subjectives de douleurs musculaires, plaintes générales sur le bien-être, perturbations du sommeil et la disruption du modèle nutritionnel normal a été le noyau de la recherche récente (4,5,6,9,10).

Le but de cette étude est alors de suivre différents groupes d’athlètes, physiologiquement comme psychologiquement, durant toute une saison. Nous avons préféré suivre les altérations en entraînement “naturelles”, suite aux compétitions, plutôt que d’imposer une surcharge à court terme.

Journaux

Nous avons essayé de développer un journal - en même temps général et spécifique - à remplir chaque jour, et analysé chaque semaine afin de détecter des signes probables de sous-performance. Partant d’un journal standardisé et général, nous l’ avons adapté spécifiqement pour les différents sports (p.ex. nombre d’entraînements par jour diffère entre les sports). Le journal donne des renseignements sur l’état général de l’athlète (physiquement et mentalement), douleurs musculaires, l’intensité des entraînements, qualité et quantité du sommeil, l’alimentation. En plus il est demandé aux athlètes sont d’indiquer des signes “d’anomalie” (début de maladie, blessure, problèmes sociaux,...).

Une partie du journal est remplie le matin, l’autre le soir. L’intensité des entraînements, le bien-être, et la douleur musculaire sont exprimés sur une échelle analogue visuelle de 7 points.

Nous avons pris les scores des 3 premières semaines de la phase préparatoire comme référence. Tout score au delà de la moyenne + 2 déviations-standard est considéré anormal, et donc à analyser de plus près. Des athlètes qui montrent des scores aberrants pendants plus d’une semaine sont invités au labo pour refaire leur test (Figure 1).

Figure 1 - Exemple d’un journal en ce qui concerne bien-être physique et mental. Les 2 lignes indiquent la moyenne + 2SD calculées des scores des 3 premières semaines d’entraînement.

Tests en laboratoire

Les cyclistes et triathlètes entrent tôt le matin (7 h). Pendant cette journée ils effectuent un test maximal le matin, et un autre au début de l’après-midi. Avant et après chaque test ils remplissent un “Profile of Mood States” (POMS) - questionnaire à 32 sujets (?). (Pendant la saison ils remplissent le POMS chaque semaine).

Immédiatement avant, et après chaque test une analyse sanguine hormonale est effectuée (Corticotrophine - ACTH, Prolactine, Hormône de Croissance, Cortisol). Ceci nous permet d’évaluer l’évolution des paramètres psychologiques en même temps que les paramètres physiologiques et biologiques, provoquée par l’entraînement et/ou le surentraînement. Tous les mois les athlètes sont retestés.

Un groupe de cyclistes a subi un camp d’entraînement de 10 jours. Avant et après ce camp les cyclistes ont été testés également. Un POMS a été rempli chaque jour pendant ce camp.

Un protocole similaire est suivi pour les nageurs.

Résultats

Les journaux montrent une croissance constante en intensité au cours de la saison (Figure 2).

Figure 2 - Changements en volume et intensité d’ entraînements au cours d’une saison. Nous voyons entre autre une nette augmentation en nombre de kilomètres pendant le camp d’entraînement, et une légère diminution en intensité.

Un des cyclistes a particulièrement souffert de la charge au camp d’entraînement. La figure 3 montre quelques résultats de ses tests.

Figure 3 - concentrations de ACTH au repos et immédiatement après l’effort, avant et après le  camp d’entraînement, et valeurs de VO2max pendant le premier et le deuxième  test avec un intervalle de 4 heures, avant et après le camp. La VO2max du deuxième test est nettement inférieure aux VO2max des autres tests, avant et après le camp.

Figure 4 - POMS pendant les 9 jours du camp d’entraînement

Le POMS (figure 4) indique une croissance en fatigue et une diminution en vigueur.

Conclusions

L’usage des journaux d’entraînement complétés de quelques sujets spécifiques et des POMS, se montre un bon outil dans le dépistage précoce de "malperformance" et/ou surentraînement. Du point physiologique, l’usage du double test maximal semble également intéressant.

 

Références       

1.      Barron J.L, Noakes T.D., Levy W., Smith C., Millar R.P. Hypothalamic dysfunction in overtrained athletes. J Clin Endocrinol Metab, 60:803-806, 1985
2.         Bruin G., Kuipers H., Keizer H., Vandervuisse G.J. Adaptation and overtraining in horses subjected to increasing training loads. J Appl Physiol, 65:679-685, 1987

3.         Costill D.L., Flynn M.G., Kirwan J.P., Houmard J.A., Mitchell J.B., Thomas R., Park S.H. Effects of repeated days of intensified training on muscle glycogen and swimming performance. Med Sci Sports Exerc, Vol 20 No 3 249-254, 1988
4.         Eichner E.R. Overtraining: consequences and prevention. Journal of Sports Science, 13 S41-S48 1995
5.         Foster C. Monitoring training in athletes with reference to the overtraining syndrome. Med Sci Sports Exerc, Vol 30 No7 1164-1168, 1998
6.         Foster C., Lehmann M. Overtraining syndrome. In: Running Injuries, G.N. Guten (Ed.). Philadelphia: W.B. Saunders, 1997, pp173-188
7.         Gastmann U., Petersen K.G., Bocker J., Lehmann M. Monitoring intensive endurance training at moderate energetic demands using laboratory markers failed to recognize an early overtraining stage. J Sports Med  Phys Fitness, 38:188-193, 1998
8.         Hooper S.L. Mackinnon L.T., Howard A., Gordon R.D., Bachmann A.W. Markers for monitoring overtraining and recovery. Med Sci Sports Exerc, Vol 27 No1 106-112, 1995

9.         Lehmann M., Foster C., Keul J. Overtraining in endurance athletes: a brief review. Med Sci Sports Exerc, Vol 25 No 7 854-862, 1993
10.     Morgan W.P., Brown D.R., Raglin J.S. O’Connor P.J., Ellickson K.A. Psychological monitoring of overtraining and staleness. Br J Sports Med, 21:107-114, 1987
11.     O’Connor P.J., Morgan W.P. Raglin J.S., Barksdale C.N., Kalin N.H. Mood state and salivary cortisol levels following overtraining in female swimmers. Psychoneuroendocrinology, 14:303-310, 1989
12.     Snyder A.C., Jeukendrup A.E., Hesselink M.K.C., Kuipers H. Foster C. A physiological/Psychological indicator of over-reaching during intensive training. Int J Sports Med, Vol 14 No 1 29-32, 1993
13.     Taylor S.R., Rogers G.G, Driver H.S. Effects of training volume on sleep, psychological, and selected physiological profiles of elite female swimmers. Med Sci Sports Exerc, Vol 29 No 5 pp 688-693, 1997

 

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